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Vivre dans les interstices … - publié le 26 mars 2016

mardi 6 février 2024, par dvial

L’archive de cet article est ici :

https://librairiemobile.wordpress.com/2016/03/26/vivre-dans-les-interstices/

Vivre dans les interstices …

Puiser l’eau à la source ou au robinet des cimetières, glaner le bois dans les communaux, l’électricité dans les églises, arpenter les chemins de randonnée, manger dehors. Impossible de dévoiler tous les creux et les plis dans lesquels je me glisse. C’est que, voyez vous, on aurait tôt fait de me désigner parasite …

Pourtant, de mon point de vue, le parasite social c’est le banquier qui soumet états et individu-es grâce à la dette, c’est le multi-propriétaire qui vit en vampire, suçant l’argent que le locataire est bien obligé-e de verser quitte pour cela à perdre sa vie à la gagner, le parasite social c’est l’actionnaire qui touche des dividendes, engraisse sans rien créer pompant le temps et l’énergie des salarié-es.

Est-ce que je vois le monde à l’envers ? Ou à l’endroit ? Je n’ai aucune honte à être pauvre. En cela je me sens proche de 6milliards et demi d’humains qui vivent sur la planète. Je n’idéalise pas non plus la pauvreté, ni ne poétise la misère. Je me demande juste comment se fait-il que l’on puisse à ce point perdre le sens commun à présenter en modèle les possédants pour leur capacité à consommer, c’est à dire pour leur capacité de nuisances écologiques et sociales ?

Et si Macron incitant la jeunesse à rêver d’être milliardaire c’était le cocher désespéré et roublard qui projette un fantasme de carottes au dessus de l’attelage pour faire avancer en ligne droite son propre carrosse luxueux ? Et si la jeunesse ne rêvait plus de posséder ? D’avoir ? Quelle catastrophe ! Et si soudain elle avait envie d’être ? Si dans leurs esprits frais, pas encore trop pollués par la pression sociale qui impose à toutes et tous de trouver sa place dans cette galère il y avait un horizon infini à explorer, une envie d’exister ?

’’La vie c’est fait pour baiser !’’ entendu dans les rues de Toulouse le 17 mars dernier : c’est crû et clair comme pulsion de vie. ’’Si vous nous empêchez de rêver, nous vous empêcherons de dormir’’ repris des indigné-es espagnol-es qui l’agrémentent là-bas de casserolades nocturnes. Aimer et rêver : simples égarements de jeunesse qui passeront avec l’âge et le pragmatisme paralysant ? Ou sagesse instinctive et précieuse d’un bout d’humanité qui renâcle à se conformer à un projet social illusoire et mortifère ?

TINA : There Is No Alternative … ou NITA : Now It’s Time for Alternatives. Le monde se réinvente à chaque instant. Hors du cadre, hors du moule, hors du modèle d’intégration sociale basé sur l’avoir et tenter, même maladroitement, d’être. D’être soi. Seul-e et ensemble. Cultiver la spontanéité, l’élan, l’enthousiasme quitte à passer pour naïf ou dingue.

… et occuper l’espace public.

Il y a les rassemblements et les manifestations de rue. Il y a occupy wall street à Zuccotti Park, il y a les places Tahrir, Tienanmen ou la puerta del sol. Il y a l’inauguration de la BCE à Francfort, il y a les attentats artistiques, les opérations escargots, il y a les parades et les carnavals. Il y a mille façons d’occuper l’espace public plus une : le marché du village ou du quartier.

La place du marché qui s’anime est peut-être un moment clef. C’est un espace commun partagé dans lequel nous pouvons nous retrouver. C’est là que l’on rencontre – en toute cohérence – le pain au lait d’ânesse et les poteries bio, les radis féministes et les tartes aux livres … (voir là). C’est là que l’on peut s’apercevoir que l’Autre n’est pas si différent-e tout en livrant sa propre singularité.

Occuper le marché c’est poser un pied dans la réalité pour l’alimenter de ce que l’on est. On est d’ailleurs pas obligé d’occuper le marché avec l’intention d’avoir quand l’envie d’être peut suffire. C’est un espace propice aux assemblées populaires transversales et spontanées, à l’échange d’informations, au théâtre de rue, à la connivence, à la pratique d’une politique directe et de résistances discrètes. C’est peut-être à partir de là qu’on peut tenter d’aller plus loin. Projeter la commune dans les rues.

- suis le mercredi matin sur le marché du mas d’azil